75 000 CDI en moins pour les jeunes : ce que dit vraiment l’étude
Publié le 5 novembre 2026. Décryptage du mois. Chiffres vérifiés dans le billet de la Banque de France et dans le document de l’institut LIFT de HEC Paris, consultés à cette date.
L’essentiel en 4 points
- Le constat est réel : dans les métiers les plus exposés à l’IA, les embauches en CDI des 21-29 ans sont, en mars 2026, 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % dans les métiers les moins exposés.
- « 75 000 CDI en moins » n’est pas l’effet de l’IA : c’est le recul total dans ces métiers. L’écart avec les métiers peu exposés est d’environ 4 600 embauches par mois, soit environ 55 000 par an.
- L’étude est descriptive : ses auteurs ne démontrent pas que l’IA est la cause. D’autres chocs ont touché les mêmes métiers au même moment.
- Ce sont des embauches, pas des emplois : l’effectif total des entreprises qui utilisent beaucoup l’IA ne diverge pas nettement des autres.
Le chiffre qui circule
« L’IA a supprimé 75 000 CDI par an pour les jeunes »
Depuis le 8 octobre, ce chiffre est repris dans la presse et sur les réseaux sociaux, souvent accompagné d’une autre valeur : « −28 % d’embauches de jeunes ». Il vient d’une étude sérieuse, menée par des économistes de la Banque de France et de l’institut LIFT de HEC Paris, à partir des déclarations d’embauche de toutes les entreprises privées de France métropolitaine. Mais la formule « l’IA a supprimé » dit plus que l’étude.
Ce que dit la source
Trois chiffres, et ce qu’ils mesurent
- −28 % contre −8 %Entre novembre 2022 et mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans reculent d’environ 28 % dans le cinquième des métiers les plus exposés à l’IA, et d’environ 8 % dans le cinquième le moins exposé. L’écart est de 21 points ; il se réduit avec l’âge et devient faible après 50 ans.
- 6 200 embauches de moins par moisC’est le recul total des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés. Sur ce total, environ 4 600 vont « au-delà du recul observé dans les métiers les moins exposés », selon les auteurs (page 3).
- 75 000 par anDouze fois 6 200 : c’est le recul total sur un an, pour les seuls 21-29 ans. Ce n’est pas l’écart attribuable à l’exposition à l’IA, qui serait plutôt de l’ordre de 4 600 × 12, soit environ 55 000, et ce n’est pas non plus un effet causal.
Ce qu’il faut savoir
Pourquoi ce n’est pas encore la preuve d’un effet de l’IA
D’autres causes au même moment
Le resserrement monétaire de 2022-2023, la correction du secteur technologique après le Covid et l’essor du télétravail ont touché les mêmes métiers. L’apprentissage s’est aussi développé : il représente 10 % des 21-29 ans de ces métiers, contre 6 % auparavant.
Un indice de potentiel, pas d’usage
L’exposition mesure ce que l’IA pourrait techniquement faire dans les tâches d’un métier, pas ce que les entreprises en font réellement.
Une chronologie qui interroge
L’usage de l’IA par les entreprises est mesuré début 2026, alors que l’écart d’embauche apparaît dès 2023. Les entreprises qui se déclarent grandes utilisatrices peuvent différer des autres pour d’autres raisons.
Des flux, pas des effectifs
L’étude compte des embauches et des fins de contrat, pas le nombre de jeunes en poste. Les fins de CDI ont aussi reculé (−23 % contre −6 %) : on embauche moins, mais on part moins aussi.
Le verdict de Decryptia : le constat est solide et inédit en France, mais la formule « l’IA a supprimé 75 000 CDI » le déforme deux fois : elle transforme un recul total en effet de l’IA, et un constat descriptif en relation de cause à effet. Niveau de preuve : B · descriptif.
Comment le citer : « Selon une étude de la Banque de France et de HEC Paris (octobre 2026), les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28 % depuis fin 2022 dans les métiers les plus exposés à l’IA, contre 8 % dans les moins exposés. Les auteurs ne concluent pas à un effet causal. »
Pour qui c’est important
Ce que ce constat change, concrètement
Pour les étudiants
L’entrée dans les métiers les plus exposés se resserre, le développement informatique en tête : les embauches de jeunes développeurs en CDI reculent de 42 %, contre 11 % dans les autres métiers. Les compétences qui ne se résument pas à produire, vérifier, expliquer, travailler avec les autres, prennent de la valeur. Quelles compétences développer ?
Pour les enseignants et les écoles
L’alternance progresse dans ces métiers ; les stages et les premiers postes changent de contenu. C’est un argument pour revoir les évaluations et les compétences visées. Mon évaluation résiste-t-elle à l’IA ?
Pour les fonctions de gestion
Les tâches confiées aux débutants sont souvent celles que l’IA prend en premier. Former les juniors à vérifier et à analyser devient une question d’organisation. IA et fonctions de gestion
Pour les recruteurs
Réduire les embauches de débutants peut fragiliser la formation des futurs experts. Les auteurs évoquent ce risque comme une hypothèse, pas comme un résultat.
Questions fréquentes
Vos questions sur ce chiffre
L’IA fait-elle baisser l’emploi des jeunes en France ?
On observe en France un recul plus fort des embauches de jeunes en CDI dans les métiers les plus exposés à l’IA, depuis fin 2022. Les auteurs de l’étude ne démontrent pas que l’IA en est la cause : d’autres chocs ont touché les mêmes métiers au même moment.
D’où vient le chiffre de 75 000 CDI ?
D’un document de l’institut LIFT de HEC Paris (octobre 2026), page 3. Il correspond au recul total des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés, sur un an. L’écart avec les métiers peu exposés est d’environ 4 600 par mois.
Est-ce la même chose qu’aux États-Unis ?
Le constat va dans le même sens : aux États-Unis, l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés se situe 19 % sous son niveau attendu, selon le Stanford Digital Economy Lab. Les auteurs français notent que les études étrangères donnent des résultats contrastés, notamment au Danemark et en Norvège.
Les autres chiffres très repris, vérifiés à la source : Ces chiffres sont-ils fiables ? Et ce qui a changé ce mois-ci : la page du mois.
Sources
- Banque de France, « IA générative : les premiers changements du marché du travail sur les jeunes », billet n° 463, 8 octobre 2026, mis à jour le 13 octobre
- Bergeaud, Bertheau, Bunel, Degos et Palladino, « IA générative : un gel des embauches de jeunes dans les métiers exposés », LIFT Policy Paper 2026-02, HEC Paris, octobre 2026
- Brynjolfsson, Chandar et Chen, Stanford Digital Economy Lab, version d’août 2026
Citer cet article : Decryptia, « 75 000 CDI en moins pour les jeunes : ce que dit vraiment l’étude », 5 novembre 2026, https://decryptia.fr/decryptage-75000-cdi-jeunes-ia/
