Décryptage · 23 octobre 2026. Un chiffre très repris, examiné à la source. Niveau de preuve : C, déclaratif ; rapport original non diffusé librement.
« 95 % des projets d’IA en entreprise échouent. » Depuis août 2025, le chiffre est devenu un argument massue, aussi bien pour les sceptiques que pour les vendeurs de conseil. Il vient d’un rapport du MIT. Mais que mesure-t-il vraiment ?
Le rapport du programme NANDA du MIT estime qu’environ 95 % des projets pilotes d’IA générative n’ont pas d’effet mesurable sur les résultats financiers. « Ne pas produire de gain financier mesurable » n’est pas « échouer », et la méthode n’est pas détaillée publiquement.
La source
Ce que dit le rapport « The GenAI Divide »
Publié à l’été 2025 sous la direction d’Aditya Challapally, le rapport repose sur trois types de matériaux :
- Environ 150 entretiens avec des dirigeants d’entreprise.
- Une enquête auprès de 350 salariés.
- L’analyse de 300 déploiements d’IA rendus publics.
Environ 5 % des projets pilotes produiraient une croissance rapide du chiffre d’affaires ; les autres n’auraient pas d’effet mesurable sur les résultats ou ne dépasseraient pas le stade du pilote.
Pourquoi la source est fragile
Quatre raisons d’être prudent
- Une définition étroite de l’échecLe critère est un gain financier mesurable, à court terme. Un outil qui fait gagner du temps sans effet visible sur le chiffre d’affaires compte comme un « échec ».
- Deux mesures différentesLes reprises parlent tantôt de projets « sans retour financier », tantôt de projets « qui ne passent jamais à l’échelle ». Ce ne sont pas les mêmes résultats.
- Une méthode peu documentéeLa façon de calculer les 95 %, la période couverte, la définition d’un « projet » et la sélection des échantillons ne sont pas détaillées publiquement.
- Un accès restreintLe rapport n’était accessible qu’après un formulaire : la plupart des reprises citent un article de presse, pas le rapport lui-même. Nous non plus ne l’avons pas consulté directement.
Ce qui reste utile
Deux enseignements plus solides que le chiffre
- Acheter plutôt que tout développer : selon le rapport, les outils achetés à des fournisseurs ou construits en partenariat réussissent environ deux fois sur trois, contre une fois sur trois pour les développements internes.
- Les gains sont souvent dans les fonctions support : automatisation de processus, moindre recours à la sous-traitance, efficacité administrative, alors que plus de la moitié des budgets d’IA iraient aux ventes et au marketing.
Ces deux points rejoignent ce que montrent d’autres travaux : l’effet de l’IA dépend surtout de l’organisation, de l’accompagnement et de la formation. Voir notre dossier IA et compétences en France.
À retenir
Comment citer ce chiffre correctement
À éviter : « 95 % des projets d’IA échouent. »
À écrire : « Selon un rapport du programme NANDA du MIT (2025), fondé sur des entretiens, une enquête et l’analyse de déploiements publics, environ 95 % des projets pilotes d’IA générative n’auraient pas produit de gain financier mesurable. La méthode n’est pas publiée en détail. »
Questions fréquentes
Vos questions
Le rapport vient-il vraiment du MIT ?
Oui, du programme NANDA rattaché au MIT Media Lab. L’origine est sérieuse ; c’est la méthode, peu documentée publiquement, qui limite la portée du chiffre.
Faut-il en conclure que l’IA ne sert à rien en entreprise ?
Non. Le rapport mesure des gains financiers à court terme sur des projets pilotes. Il ne mesure ni les gains de temps, ni la qualité, ni les effets à plus long terme.
Quel chiffre citer à la place ?
Pour la France, des statistiques publiques : 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient l’IA en 2025 (Insee). Voir notre dossier IA et emploi.
Sources
- Challapally et al., The GenAI Divide: State of AI in Business 2025, MIT NANDA, d’après Fortune, 18 août 2025 et Computing. Rapport original non consulté directement.
- Notre vérification : Ces chiffres sont-ils fiables ?
Citer ce décryptage : MARSOL, Sylvain. « 95 % des projets d’IA échouent ? Une source fragile ». Decryptia, 23 octobre 2026.
