Publié le 31 octobre 2026. Chiffres repris de sources vérifiées dans nos dossiers d’octobre 2026. Niveaux de preuve : A · causal B · descriptif C · déclaratif D · prospectif
L’IA va-t-elle supprimer des emplois en France ? À ce jour, aucune étude ne mesure de suppressions d’emplois nettes dues à l’IA en France. Les études les plus solides ne trouvent pas d’effet moyen sur l’emploi ni sur les salaires. Les premiers signaux portent sur les recrutements : les offres d’emploi des métiers les plus exposés reculent par rapport aux autres, et aux États-Unis, l’emploi des débutants dans ces métiers décroche.
L’essentiel en 5 points
- Pas d’effet moyen mesuré : l’étude causale la plus robuste exclut des effets moyens supérieurs à 1 % sur les revenus, les heures et les salaires.
- Les recrutements bougent avant les effectifs : en France, les offres des métiers exposés reculent en relatif depuis 2024.
- Les débutants d’abord : aux États-Unis, l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés est 19 % sous sa trajectoire.
- L’adoption reste limitée : 18 % des entreprises de 10 personnes ou plus utilisent l’IA en 2025.
- Les grands chiffres qui circulent sont des projections : elles mesurent un potentiel ou des intentions, pas des emplois perdus.
Ce qui est mesuré
Que disent les études sur l’emploi ?
- < 1 %effet moyen excluA · causal
Aucun effet moyen sur l’emploi et les salaires, dans les populations étudiées
Au Danemark, l’étude porte sur environ 25 000 salariés de 7 000 établissements, dans onze métiers exposés. Elle ne trouve d’effet ni sur les revenus, ni sur les heures, ni sur les salaires. Ce résultat ne prouve pas l’absence d’effets ailleurs, pour d’autres groupes ou pour les outils plus récents, comme les agents.
Humlum et Vestergaard, Large Language Models, Small Labor Market Effects, Becker Friedman Institute, 2025 · données fin 2023-2024. - 18 moisaprès ChatGPTB · descriptif
En France, les offres des métiers exposés reculent en relatif
Sur plus de 130 millions d’offres d’emploi en ligne, celles des métiers les plus exposés diminuent par rapport aux autres environ un an et demi après la sortie de ChatGPT. Les offres mesurent des flux de recrutement, pas le stock d’emplois. Le résultat est provisoire.
Aghion, Bergeaud, Bunel et Delbouve, Diffusion de l’intelligence artificielle en France, juillet 2025 (base JOCAS de la Dares). - – 19 %22-25 ansB · descriptif
Aux États-Unis, l’emploi des jeunes recule dans les métiers exposés
L’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés se situe 19 % sous la trajectoire des métiers moins exposés, sans écart comparable pour les salariés expérimentés. Résultat descriptif, non causal. Aucune mesure équivalente en France à ce jour.
Brynjolfsson, Chandar et Chen, Stanford Digital Economy Lab, août 2026 · données ADP, 2021-2026. - 18 %des entreprisesB · descriptif
Une adoption encore minoritaire en France
En 2025, 18 % des entreprises de 10 personnes ou plus utilisent l’IA, contre 6 % en 2023. Parmi celles qui ne l’utilisent pas, 54 % citent le manque d’expertise.
Insee, Insee Première n° 2120, juillet 2026.
Pourquoi si peu d’effet ?
Pourquoi l’IA ne supprime-t-elle pas (encore) d’emplois en masse ?
Des gains de temps modestes
Les utilisateurs danois déclarent gagner 2,8 % de leur temps de travail : l’outil n’est utilisé qu’un jour sur trois ou quatre.
Une organisation qui suit lentement
Seuls 17 % des actifs français se disent encouragés et équipés par leur employeur, contre 42 % aux États-Unis.
Des tâches, pas des métiers
L’IA prend en charge une partie des tâches d’un poste. Le temps libéré est souvent réaffecté plutôt que supprimé.
Sources : Humlum et Vestergaard, 2025 ; Bick et al., « Mind the Gap », Brookings Papers on Economic Activity, 2026, section 4.2.
Les projections
Et les prévisions de millions d’emplois détruits ?
Les chiffres les plus repris sont des projections ou des mesures d’exposition. Ils ne mesurent pas des emplois perdus.
| Chiffre qui circule | Ce qu’il mesure vraiment | Niveau |
|---|---|---|
| « Un emploi sur quatre menacé » | Un travailleur sur quatre exerce un métier exposé à l’IA générative (OIT, 2025) ; l’OIT prévoit d’abord une transformation. | D |
| « 92 millions d’emplois détruits » | Intentions d’employeurs d’ici 2030, toutes causes confondues, avec 170 millions d’emplois créés (Forum économique mondial, 2025). | C |
| « La moitié des emplois débutants » | Une prédiction d’un dirigeant du secteur, sans données publiées. | D |
Chaque chiffre est remonté à sa source sur notre page IA et emploi : ces chiffres sont-ils fiables ?
Ce que l’on ne sait pas
Ce qui pourrait changer la donne
Les agents
Les études disponibles portent sur des assistants conversationnels utilisés en 2023-2024. Les agents, qui enchaînent des tâches seuls, ne sont pas encore mesurés. Qu’est-ce qu’un agent IA ?
Les données françaises
Aucune étude ne mesure encore l’emploi des débutants par métier en France. L’Observatoire de l’impact de l’IA sur le travail de la Dares doit être lancé au premier trimestre 2027.
Pour aller plus loin
Nos analyses sur le sujet
Les métiers les plus exposés
Exposé ne veut pas dire menacé : le classement et ce qu’il signifie.
Lire le décryptage →Le dossier IA et emploi
Dix points sourcés, niveaux de preuve, calendrier et FAQ.
Lire le dossier →
Questions fréquentes
Vos questions sur l’IA et l’emploi
L’IA a-t-elle déjà supprimé des emplois en France ?
Aucune étude ne le mesure à ce jour. Les offres d’emploi des métiers exposés reculent en relatif, ce qui signale des recrutements moins nombreux, pas encore des suppressions de postes mesurées.
Combien d’emplois l’IA va-t-elle détruire ?
Personne ne peut le dire de façon fiable. Les chiffres en millions sont des projections d’exposition ou des intentions d’employeurs, toutes causes confondues, et la plupart prévoient aussi des créations d’emplois.
Les jeunes sont-ils plus touchés ?
Aux États-Unis, oui : l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés décroche. En France, la mesure n’existe pas encore.
Un employeur peut-il licencier à cause de l’IA ?
Le Code du travail prévoit les mutations technologiques parmi les motifs économiques de licenciement (article L. 1233-3), avec des obligations d’adaptation et de reclassement. L’introduction d’outils d’IA doit aussi être présentée au CSE dans les entreprises de 50 salariés ou plus.
Sources
- Humlum et Vestergaard, Large Language Models, Small Labor Market Effects, BFI, 2025
- Aghion, Bergeaud, Bunel et Delbouve, Diffusion de l’intelligence artificielle en France, juillet 2025
- Brynjolfsson, Chandar et Chen, Stanford Digital Economy Lab, août 2026
- Insee, Insee Première n° 2120, juillet 2026
- Bick et al., « Mind the Gap », Brookings Papers on Economic Activity, 2026
- OIT, document de travail n° 140, mai 2025
- Lefebvre Dalloz, « L’IA : un motif valide de licenciement en droit français ? » (sur l’article L. 1233-3 du Code du travail)
Citer cette page : Decryptia, « L’IA va-t-elle supprimer des emplois en France ? », 31 octobre 2026.
