Publié le 3 novembre 2026. Études, articles et textes vérifiés à cette date. Cet article s’adresse d’abord aux étudiants ; les enseignants y trouveront les limites à connaître avant d’utiliser un score.
L’essentiel en 5 points
- Deux outils différents : l’antiplagiat compare votre texte à d’autres textes ; le détecteur d’IA estime une probabilité. Le premier montre des passages identiques, le second ne prouve rien.
- Un taux de similitude n’est pas un taux de plagiat : une citation correctement présentée et sourcée est comptée dans les similitudes.
- Les détecteurs d’IA se trompent : une étude de Stanford a relevé 61 % de faux positifs en moyenne sur des textes d’auteurs non anglophones, et OpenAI a retiré son propre détecteur en 2023, faute de fiabilité.
- Le cadre d’usage de l’Éducation nationale recommande d’éviter ces logiciels, et une sanction doit reposer sur des faits établis et des règles connues.
- Accusé à tort ? Demandez le rapport, montrez vos brouillons et l’historique de votre document, proposez d’expliquer votre travail à l’oral.
Comprendre
Antiplagiat et détecteur d’IA : deux outils qui ne mesurent pas la même chose
Le logiciel antiplagiat
Il compare votre texte à des pages web, à des publications et aux travaux déjà déposés dans sa base. Il surligne les passages identiques ou très proches et indique leur source. C’est vérifiable : on peut ouvrir la source et comparer.
Le détecteur d’IA
Il ne compare votre texte à rien. Il calcule, à partir du style et de la régularité des phrases, une probabilité que le texte ait été généré. C’est une estimation statistique, que l’on ne peut pas vérifier en ouvrant une source.
Compilatio, très utilisé dans les établissements français, propose les deux : la détection de similitudes et un détecteur d’IA, intégré à ses offres pour les enseignants.
Les chiffres
Ce que valent vraiment les détecteurs d’IA
- Des performances annoncées, peu vérifiéesCompilatio annonce une précision de 98,5 % pour son détecteur. Selon le Journal du Net (juillet 2025), ce chiffre ne repose sur aucun audit externe ni aucune publication scientifique.
- Des textes humains signalésDans un essai rapporté par le même article, un document entièrement rédigé par un humain a été signalé à 34 % comme écrit par une IA, et deux autres textes humains ont été signalés à tort à des taux plus faibles.
- Un biais contre les non-natifsUne étude de l’université Stanford publiée dans Patterns en 2023 a montré que sept détecteurs classaient à tort comme générés par l’IA 61 % en moyenne d’essais du TOEFL écrits par des non-anglophones.
- Un détecteur retiré par son propre éditeurOpenAI, qui développe ChatGPT, a retiré en juillet 2023 son outil de détection de textes générés, en invoquant son faible taux de précision.
- Des textes retravaillés qui échappent à la détectionUn texte généré puis réécrit, à la main ou avec un outil de reformulation, est beaucoup moins bien détecté. Le score mesure donc mal ce qu’il prétend mesurer, dans un sens comme dans l’autre.
Le cadre
Ce que disent les règles
Au collège et au lycée : le cadre d’usage de l’IA en éducation (juin 2025) recommande d’éviter les logiciels de détection, jugés peu fiables, et invite à évaluer le raisonnement et la démarche. Il assimile en revanche un devoir réalisé en tout ou partie par l’IA sans autorisation à une fraude.
Dans le supérieur : la charte et le règlement des études de chaque établissement fixent les règles. La fraude à un contrôle continu, un examen ou un concours relève de la procédure disciplinaire (articles R811-10 et suivants du Code de l’éducation).
Devant le juge : en février 2026, le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande d’une université qui voulait sanctionner une étudiante pour un mémoire rédigé avec l’IA, faute d’éléments sur ses règles d’usage de l’IA. Une sanction doit reposer sur des faits établis et des règles connues.
Avant de rendre
Cinq réflexes qui vous protègent
- Citer chaque sourceToute phrase reprise est entre guillemets et suivie de sa source ; toute idée reprise est attribuée. C’est ce qui distingue une similitude d’un plagiat.
- Vérifier chaque référenceLes assistants d’IA inventent parfois des articles, des auteurs ou des pages. Ouvrez chaque référence avant de la citer.
- Déclarer votre usage de l’IAQuand la consigne l’autorise, une déclaration précise (outil, étapes, usage) vous protège. Notre outil Ai-je le droit d’utiliser l’IA pour ce travail ? en génère une.
- Garder les traces de votre travailBrouillons, notes, plan, versions successives : l’historique des versions de Google Docs, Word en ligne ou LibreOffice montre comment le texte a été construit.
- Pouvoir tout expliquerSi vous êtes capable de justifier chaque choix et de reformuler chaque partie à l’oral, vous êtes l’auteur de votre travail, et vous pourrez le démontrer.
En cas d’accusation
Accusé à tort d’avoir utilisé l’IA : que faire ?
- Garder son calme et demander les éléments
Demandez le rapport complet : le score global, les passages signalés et l’outil utilisé. Un score seul ne dit pas ce qui pose problème.
- Rassembler les preuves de votre travail
Historique des versions du document, brouillons datés, notes de lecture, recherches, et vos échanges avec l’IA si vous l’avez utilisée de façon autorisée.
- Proposer d’expliquer votre travail
Demandez un entretien avec l’enseignant : expliquer votre démarche, vos sources et vos choix est souvent la preuve la plus convaincante.
- Connaître la procédure si elle est engagée
Dans le supérieur, la procédure disciplinaire prévoit que vous soyez convoqué et puissiez présenter vos observations, et vous pouvez en principe vous faire accompagner d’un conseil. Consultez le guide de la section disciplinaire de votre université, et adressez-vous au service de la vie étudiante ou à une association étudiante.
À ne pas faire : passer votre texte dans un outil « humaniseur » pour faire baisser un score. Cela ne prouve pas que vous êtes l’auteur, et peut être considéré comme une tentative de fraude.
Questions fréquentes
Vos questions sur Compilatio et les détecteurs d’IA
Compilatio détecte-t-il ChatGPT ?
Compilatio propose un détecteur d’IA qui estime la probabilité qu’un texte ait été généré. Il repère souvent les textes entièrement générés, beaucoup moins bien les textes retravaillés, et il lui arrive de signaler à tort des textes humains. Son résultat est une estimation, pas une preuve.
Un taux de similitude de 20 % veut-il dire que j’ai plagié ?
Non. Le taux compte aussi les citations correctement présentées, les références bibliographiques et les expressions courantes. Ce qui compte, ce sont les passages surlignés : sont-ils cités et sourcés ?
Peut-on être sanctionné sur la seule base d’un détecteur d’IA ?
Une sanction doit reposer sur des faits établis et des règles connues. Le cadre d’usage de l’Éducation nationale recommande d’éviter ces logiciels, et en février 2026 le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande d’une université faute d’éléments sur ses règles d’usage de l’IA. Si vous êtes accusé, demandez les éléments et proposez d’expliquer votre travail.
J’ai utilisé l’IA pour corriger mes fautes : est-ce un problème ?
Tout dépend de la consigne. Corriger la langue est souvent admis, mais vérifiez la règle et déclarez cet usage quand c’est demandé. Notre outil Ai-je le droit d’utiliser l’IA pour ce travail ? vous aide à le vérifier.
Les enseignants doivent-ils renoncer aux détecteurs ?
Un score peut tout au plus inviter à poser des questions à l’étudiant, jamais remplacer un échange. Pour sécuriser une évaluation, mieux vaut adapter le devoir : voir Évaluer à l’ère de l’IA et notre outil Mon évaluation résiste-t-elle à l’IA ?
Sources
- Journal du Net, « 98,5 % de précision : Compilatio peut-il vraiment identifier les textes générés par IA ? », 2 juillet 2025
- Times Higher Education, sur Liang et al., Patterns, juillet 2023
- Search Engine Journal, retrait du détecteur d’OpenAI, juillet 2023
- Ministère de l’Éducation nationale, cadre d’usage de l’IA en éducation (juin 2025)
- TA Paris, 12 février 2026, n° 2600972
- Université Paris Nanterre, guide de la section disciplinaire (2025), articles R811-10 à R811-42 du Code de l’éducation
Pour aller plus loin : mémoire et rapport de stage avec l’IA · ai-je le droit d’utiliser l’IA ? · les réponses aux questions les plus posées
Citer cette page : Decryptia, « Compilatio et détecteurs d’IA : ce qu’ils voient, ce qu’ils ne voient pas, et que faire en cas d’accusation », 3 novembre 2026.
