Synthèse de référence · Observatoire Decryptia

IA et emploi en France : ce que disent les données

L’IA générative modifie déjà le contenu de nombreux emplois qualifiés. Les premiers signaux observés en France concernent les recrutements, pas encore le niveau global de l’emploi.

Mis à jour le 20 octobre 2026 · Par Sylvain Marsol · Sources citées et classées par niveau de preuve

18 %des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent l’IA en 2025, contre 6 % en 2023
28 %des actifs en France déclarent utiliser l’IA générative au travail, contre 43 % aux États-Unis
16 %du contenu des tâches serait techniquement automatisable : un potentiel, pas des pertes d’emplois

En bref

L’état des connaissances en trois phrases

  • Pas d’effet global mesuréLes études causales disponibles, menées à l’étranger, ne mettent pas encore en évidence d’effet moyen important sur l’emploi et les salaires dans les populations étudiées. Elles ne démontrent pas pour autant l’absence d’effets partout.
  • Des signaux sur les recrutementsEn France, les offres d’emploi reculent en relatif dans les métiers les plus exposés. Aux États-Unis, l’emploi des jeunes de ces métiers décroche.
  • Un retard d’organisationL’adoption reste concentrée dans les grandes entreprises. Le retard français tient surtout à des choix d’organisation : encouragement de l’employeur, outils fournis, formation.

L’adoption a presque triplé, mais l’écart entre grandes et petites entreprises se creuse

Part des entreprises utilisant au moins une technologie d’IA, selon la taille, France

0 % 20 % 40 % 60 % 5 % 10 % 21 % 2023 9 % 15 % 33 % 2024 15 % 31 % 58 % 2025 10 à 49 salariés 50 à 249 salariés 250 salariés ou plus

Source : Insee, Insee Première n° 2120, juillet 2026, figure 1. Champ : entreprises de 10 salariés ou plus des secteurs principalement marchands, hors agriculture et activités financières.

Les résultats

Les dix points à retenir

Chaque résultat précise sa population, son territoire et l’année de ses données (cliquez sur « Périmètre et sources »), ainsi que son niveau de preuve.

A · causalB · descriptifC · déclaratifD · prospectifNotre méthode
  1. 0118 %des entreprises de 10 salariés ou plus utilisent l’IA en 2025
    B · descriptif

    L’usage de l’IA par les entreprises françaises a triplé en deux ans.

    18 % des entreprises de dix salariés ou plus implantées en France déclarent utiliser au moins une technologie d’IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. La moyenne de l’Union européenne est de 20 %.

    Périmètre et sources

    Population : entreprises de 10 personnes ou plus des secteurs marchands, hors agriculture, finance et assurance · France · situation au 1er trimestre de chaque année. Sources : Insee, Insee Première n° 2120, 21 juillet 2026, figure 1 ; CAE, note n° 94, septembre 2026, p. 7.

  2. 0258 %des grandes entreprises, contre 15 % des petites
    B · descriptif

    L’écart entre grandes et petites entreprises se creuse.

    En 2025, 58 % des entreprises de 250 salariés ou plus utilisent l’IA, contre 15 % de celles de 10 à 49 salariés. L’écart est passé de 16 à 43 points depuis 2023.

    Périmètre et sources

    Population : entreprises, même champ · France · 2023-2025. Source : Insee, Insee Première n° 2120, figure 1.

  3. 0328 %des actifs en France, contre 43 % aux États-Unis
    C · déclaratif

    Les actifs français déclarent moins utiliser l’IA générative que les Américains.

    28 % des actifs en France déclarent l’utiliser dans leur travail, contre 43 % aux États-Unis. Entre les six pays européens étudiés et les États-Unis, environ 55 % de l’écart tient à la structure sectorielle et à la taille des entreprises ; le reste est attribué aux pratiques managériales.

    Périmètre et sources

    Population : actifs de 18 à 67 ans (environ 55 000 répondants) · sept pays dont la France · enquêtes de mai-juin 2025 et janvier-février 2026. Sources : CAE, note n° 94, p. 7-8 ; Bick et al., « Mind the Gap », Brookings Papers on Economic Activity, 2026.

  4. 0417 %encouragés et équipés par leur employeur, contre 42 % aux États-Unis
    C · déclaratif

    L’encouragement de l’employeur pèse fortement sur l’adoption.

    17 % des actifs français déclarent à la fois être encouragés à utiliser l’IA et disposer d’un outil fourni par leur employeur, contre 42 % aux États-Unis. Au Danemark, cet encouragement fait passer le taux d’usage d’un salarié type de 47 % à 83 %.

    Périmètre et sources

    Populations : actifs (France, États-Unis, 2025-2026) ; salariés de onze métiers exposés (Danemark, fin 2023 et 2024). Sources : Bick et al., 2026, section 4.2 ; Humlum et Vestergaard, Becker Friedman Institute, 2025, figure 2.

  5. 0516 %du contenu des tâches techniquement automatisable
    D · prospectif

    Environ 16 % du contenu des tâches serait techniquement automatisable en France.

    Il s’agit d’une estimation d’exposition, pas d’une prévision de destructions d’emplois : l’indicateur ne tient compte ni de la demande, ni des tâches nouvelles, ni des freins à l’adoption. Le chiffre de « 5 millions d’emplois menacés » repris dans la presse confond cette exposition avec des pertes d’emplois.

    Périmètre et sources

    Population : 923 métiers de la nomenclature américaine O*NET, pondérés par la structure de l’emploi français · scénario central des auteurs · avril 2026. Source : Arquié, Duthoit et Subileau, Coface et OEM, avril 2026, p. 1-3 et graphique 5 (communiqué Coface).

  6. 06> 25 %de tâches exposées dans quatre familles de métiers qualifiés
    D · prospectif

    Les métiers les plus exposés sont des métiers qualifiés.

    Management et administration, métiers créatifs et de contenu, métiers juridiques et financiers, ingénierie et informatique dépassent 25 % de tâches exposées. Les services à la personne en présentiel et les métiers qualifiés de la production restent sous 10 %.

    Périmètre et sources

    Même source et même méthode que le point 5 (graphique 5, p. 8). Le contenu réel d’un métier peut différer en France de sa description dans la nomenclature américaine.

  7. 071 %seuil au-delà duquel un effet moyen est exclu (Danemark)
    A · causal

    Pas d’effet moyen important mesuré à ce stade sur l’emploi et les salaires, dans les populations étudiées.

    L’étude causale la plus robuste, menée au Danemark sur environ 25 000 salariés de onze métiers exposés, ne trouve pas d’effet sur les revenus, les heures ou les salaires, et exclut des effets moyens supérieurs à 1 %. Ce résultat ne démontre pas l’absence d’effets dans d’autres pays, métiers ou groupes de travailleurs, ni pour les outils plus récents.

    Périmètre et sources

    Population : salariés de 7 000 établissements · Danemark · données fin 2023-2024. Source : Humlum et Vestergaard, Large Language Models, Small Labor Market Effects, 2025, p. 3 et section 4.2.

  8. 08130 Md’offres d’emploi en ligne analysées en France
    B · descriptif

    En France, les offres d’emploi des métiers exposés reculent en relatif.

    Environ un an et demi après la sortie de ChatGPT, elles diminuent par rapport à celles des autres métiers. Les offres mesurent des flux de recrutement, pas le nombre d’emplois. Résultat provisoire : le document n’a pas été publié dans une revue à comité de lecture.

    Périmètre et sources

    Population : plus de 130 millions d’offres d’emploi en ligne (base JOCAS de la Dares) · France · depuis 2019. Source : Aghion, Bergeaud, Bunel et Delbouve, Diffusion de l’intelligence artificielle en France, juillet 2025, section 4.1.

  9. 09−19 %d’emploi des 22-25 ans dans les métiers exposés, aux États-Unis
    B · descriptif

    Aux États-Unis, les jeunes salariés des métiers exposés sont les premiers concernés.

    L’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés se situe 19 % sous le niveau qu’il aurait atteint s’il avait évolué comme celui des métiers moins exposés, sans écart comparable pour les salariés expérimentés. Les auteurs présentent ce résultat comme descriptif et non causal. Aucune étude ne mesure encore cet effet en France.

    Périmètre et sources

    Population : salariés d’entreprises clientes du gestionnaire de paie ADP · États-Unis · janvier 2021 à juin 2026. Source : Brynjolfsson, Chandar et Chen, Stanford Digital Economy Lab, août 2026, section 2.2.

  10. 1086 %de l’écart de productivité avec les États-Unis dans les secteurs numériques
    B · descriptif

    Le retard de productivité français tient moins au volume d’investissement qu’à la capacité d’en tirer parti.

    Selon le CAE, 86 % de l’écart de productivité de la France avec les États-Unis se concentre dans les secteurs liés au numérique, alors que l’écart d’investissement n’en explique qu’une part limitée. La formation, l’organisation du travail et la gouvernance des données deviennent déterminantes. En 2026, 29 % des cadres déclarent avoir été formés à l’IA, le plus souvent par des formations génériques.

    Périmètre et sources

    Populations : économie française (productivité 1995-2025) ; cadres du secteur privé (enquête Apec, 2026). Sources : CAE, note n° 94, p. 5-6 ; Apec, Les cadres et l’IA, mai 2026, p. 3 et 24.

Ce que l’on ne sait pas encore

  • Si les jeunes diplômés français connaissent la même évolution qu’aux États-Unis. Le recul des recrutements de jeunes cadres observé par l’Apec en 2024 et 2025 coïncide avec un ralentissement de l’activité, et la part de l’IA n’est pas isolée.
  • Si le temps gagné se traduit par une intensification du travail, en particulier lorsque l’IA absorbe les tâches simples et laisse les cas les plus complexes.
  • Le rendement de l’IA dans les PME, et l’effet des outils capables d’enchaîner des tâches de manière autonome : les études causales portent surtout sur 2023 et 2024, avant leur diffusion.

Le cadre réglementaire

L’article 4 du règlement européen sur l’IA (règlement (UE) 2024/1689) s’applique depuis le 2 février 2025. Modifié par le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, il demande aux fournisseurs et déployeurs de systèmes d’IA de prendre des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA par leur personnel, sans être tenus de garantir un niveau spécifique.

Les systèmes d’IA utilisés pour le recrutement, l’évaluation ou la gestion des travailleurs relèvent des systèmes à haut risque (annexe III). En droit français, le CSE est consulté sur l’introduction de nouvelles technologies (art. L. 2312-8 du Code du travail), et le RGPD s’applique dès que des données de salariés ou de candidats sont traitées.

Sources : règlement (UE) 2024/1689 ; règlement (UE) 2026/1744, consultés le 20 octobre 2026.

Questions fréquentes

Vos questions, nos réponses sourcées

L’IA va-t-elle supprimer des emplois en France ?

Personne ne peut l’affirmer à ce stade. Les études causales disponibles, menées à l’étranger, ne mettent pas en évidence d’effet moyen important sur l’emploi et les salaires dans les populations étudiées. En France, les données montrent surtout une transformation du contenu des emplois qualifiés et un recul relatif des offres d’emploi dans les métiers les plus exposés.

Que vaut le chiffre de « 5 millions d’emplois menacés » ?

Il provient d’une reprise de presse de l’étude Coface et OEM d’avril 2026. Ses auteurs précisent que leur indicateur mesure une exposition technique des tâches, et non des destructions nettes d’emplois.

Quels métiers sont les plus exposés à l’IA générative ?

Selon les indices d’exposition, les métiers qualifiés : management et administration, métiers créatifs et de contenu, métiers juridiques et financiers, ingénierie et informatique. Les métiers qui demandent une présence physique, un geste technique ou une relation de soin le sont beaucoup moins. Une forte exposition ne signifie pas une disparition du métier.

Combien d’entreprises françaises utilisent l’IA ?

18 % des entreprises de dix salariés ou plus en 2025, selon l’Insee, contre 6 % en 2023. Ce taux atteint 58 % dans les entreprises de 250 salariés ou plus.

Les jeunes diplômés sont-ils plus touchés ?

Aux États-Unis, l’emploi des 22-25 ans dans les métiers les plus exposés se situe 19 % sous son niveau attendu ; les auteurs le présentent comme un constat descriptif. Aucune étude ne mesure encore cet effet en France.

La formation à l’IA est-elle obligatoire pour les entreprises ?

Le règlement européen sur l’IA demande aux organisations qui utilisent des systèmes d’IA de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA par leur personnel. Depuis juillet 2026, il précise qu’elles ne sont pas tenues de garantir un niveau spécifique. Il n’exige pas de certificat.

Vérifier un chiffre

Les sources primaires

Chaque chiffre du dossier renvoie à un document d’origine, accessible gratuitement. Les numéros indiquent les points qui s’appuient sur chaque source ; le niveau de preuve est celui du résultat repris.

  • Insee · statistique publique

    Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025

    Insee Première n° 2120, 21 juillet 2026. Champ : entreprises de 10 salariés ou plus.

    Utilisée pour les points 0102B · descriptif

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  • Conseil d’analyse économique

    Comment lutter contre le décrochage de la productivité

    Bergeaud, Bunel, Jaravel et Roulet, note du CAE n° 94, septembre 2026.

    Utilisée pour les points 010310B · descriptif

    Ouvrir la source ↗
  • Brookings Papers on Economic Activity

    Mind the Gap: AI Adoption in Europe and the US

    Bick, Blandin, Deming, Fuchs-Schündeln et Jessen, mars 2026. Enquêtes auprès d’environ 55 000 actifs dans sept pays.

    Utilisée pour les points 0304C · déclaratif

    Ouvrir la source ↗
  • Becker Friedman Institute · Université de Chicago

    Large Language Models, Small Labor Market Effects

    Humlum et Vestergaard, document de travail n° 2025-56, mai 2025. Données administratives danoises.

    Utilisée pour les points 0407A · causal

    Ouvrir la source ↗
  • Coface et OEM

    IA et emploi : une cartographie des nouvelles frontières de l’automatisation

    Arquié, Duthoit et Subileau, avril 2026. Exposition des tâches à l’automatisation, méthode O*NET.

    Utilisée pour les points 0506D · prospectif

    Lien vers le communiqué officiel de Coface, qui présente l’étude.

    Ouvrir la source ↗
  • Document de travail

    Diffusion de l’intelligence artificielle en France

    Aghion, Bergeaud, Bunel et Delbouve, 10 juillet 2025. Plus de 130 millions d’offres d’emploi en ligne (base JOCAS, Dares). Document non publié dans une revue à comité de lecture.

    Utilisée pour les points 08B · descriptif

    Ouvrir la source ↗
  • Stanford Digital Economy Lab

    Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence

    Brynjolfsson, Chandar et Chen, version d’août 2026. Données de paie ADP, États-Unis.

    Utilisée pour les points 09B · descriptif

    Ouvrir la source ↗
  • Apec

    Les cadres et l’IA

    Association pour l’emploi des cadres, mai 2026. Enquête auprès des cadres du secteur privé.

    Utilisée pour les points 10C · déclaratif

    Ouvrir la source ↗

Textes juridiques : règlement (UE) 2024/1689 sur l’IA et règlement (UE) 2026/1744 sur EUR-Lex ; article L. 2312-8 du Code du travail, consultable sur Légifrance. Liens vérifiés le 20 octobre 2026. Un lien ne fonctionne plus ? Signalez-le-nous.

Nos études sur le sujet

Octobre 2026 · analyse documentaire, 25 pages

IA générative : les premiers changements du marché du travail en France

Sylvain Marsol · Sources disponibles au 9 octobre 2026 · DOI 10.5281/zenodo.23261592

Lire l’étude

Citer cette synthèse : MARSOL, Sylvain. IA et emploi en France : ce que disent les données. Decryptia, mis à jour le 20 octobre 2026. https://decryptia.fr/ia-emploi-france/. Établie à partir de : MARSOL, Sylvain, 2026. IA générative : les premiers changements du marché du travail en France. Les études Decryptia, Mprog. DOI : 10.5281/zenodo.23261592.