Pourquoi la révolution de l’IA est encore sous-estimée : L’analyse d’Eric Schmidt

Alors que l’intelligence artificielle semble omniprésente dans les médias, l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, soutient une thèse provocatrice : l’IA est en réalité sous-estimée. Dans une récente intervention, il détaille le passage des simples chatbots à des agents de planification autonomes, les défis énergétiques colossaux et les tensions géopolitiques imminentes. Voici ce qu’il faut retenir pour comprendre la prochaine phase de cette révolution.

Au-delà de ChatGPT : L’ère de la planification

Pour le grand public, l’IA se résume souvent à ChatGPT et à sa capacité verbale. Cependant, Schmidt identifie un changement de paradigme majeur grâce à l’apprentissage par renforcement (une technique popularisée par AlphaGo en 2016).

Nous passons d’outils qui génèrent du texte à des systèmes capables de planifier et de raisonner. Des modèles comme OpenAI o3 ou DeepSeek R1 ne se contentent plus de répondre instantanément ; ils peuvent prendre 15 minutes de « réflexion » (calcul intensif) pour élaborer des stratégies complexes, avancer et reculer dans leur raisonnement,. Selon Schmidt, nous assistons à une transition fondamentale : « d’une langue à une autre, puis du langage à la séquence », permettant à l’IA d’exécuter des processus d’affaires et des stratégies.

Le mur de l’infrastructure : Énergie et Calcul

Source : Autorité de la concurrence

L’ambition de créer une superintelligence se heurte à des limites physiques. Schmidt compare les systèmes d’IA actuels à des « hippopotames très affamés » qui ont déjà digéré tout l’internet public. Trois goulets d’étranglement majeurs se dessinent :

  • L’énergie : C’est la limite la plus critique. Schmidt évoque un besoin de 90 gigawatts supplémentaires aux États-Unis (l’équivalent de 90 centrales nucléaires), une demande impossible à satisfaire avec les infrastructures actuelles,.
  • Le matériel (Compute) : Les algorithmes de planification exigent une augmentation de la puissance de calcul d’un facteur 100, voire 1 000.
  • Les données : Ayant épuisé les données humaines disponibles, l’industrie doit désormais générer ses propres données synthétiques pour continuer à entraîner les modèles.

Géopolitique et Sécurité : Le piège de la « destruction mutuelle »

La course à l’IA entre les États-Unis et la Chine est le point de tension central. Schmidt met en garde contre une dynamique dangereuse liée aux effets de réseau :

  • L’avance technologique : Si une entité (ou un pays) a six mois d’avance vers la superintelligence, son concurrent, sachant qu’il ne pourra jamais rattraper son retard à la loyale, pourrait être tenté par des mesures extrêmes : vol de code, infiltration ou sabotage physique des centres de données.
  • Open Source vs Modèles fermés : Schmidt souligne le dilemme américain. La Chine, avec des modèles comme DeepSeek, favorise l’open source. Bien que cela accélère l’innovation mondiale, cela présente des risques de prolifération dangereux (cyberattaques, biologie) si ces outils tombent entre les mains de terroristes,,.
  • Contrôle autonome : Schmidt insiste sur la nécessité de garder un contrôle humain (« human in the loop »), citant la doctrine militaire américaine. Face à des agents qui pourraient créer leur propre langage indéchiffrable, la capacité de « débrancher » le système reste une exigence fondamentale,.

L’horizon optimiste : Abondance et Productivité

Malgré ces risques, Schmidt reste un technophile optimiste. Il entrevoit un avenir où l’IA permettrait d’inventer de toutes nouvelles écoles de pensée scientifique, à la manière d’Einstein, en résolvant le problème de la « non-stationnarité des objectifs ».

Les promesses concrètes incluent :

  • Santé et Sciences : L’identification de toutes les cibles médicamenteuses humaines ou la compréhension de l’énergie noire,.
  • Éducation : Un tuteur personnel dans sa propre langue pour chaque être humain.
  • Démographie et Économie : Face à la baisse de la natalité et au manque de main-d’œuvre, l’IA est la seule solution pour maintenir l’économie. Des études suggèrent une augmentation potentielle de la productivité de 30 % par an, un phénomène économique jamais vu auparavant,.

L’horizon optimiste : Abondance et Productivité

Pour Eric Schmidt, l’arrivée de cette intelligence est l’événement le plus important des 500 ou 1 000 dernières années. Son conseil pour les professionnels est sans appel : il ne faut pas voir l’IA comme un épisode passager. C’est un marathon. Ceux qui n’adoptent pas cette technologie rapidement deviendront non pertinents face à leurs concurrents.

Ne gâchons pas cette opportunité. Nous avons une chance rare de façonner ce développement. Agissons maintenant.

Eric Schmidt

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